Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/548

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Journal de Paris ; M. Ernest Gagnon, à qui l’on doit un recueil de chansons populaires du Canada ; M. Oscar Dunn, « écrivain très français et très patriote, malgré l’apparence saxonne de son nom (dit de lui M. Lamothe) et qui, dans une excellente publication pédagogique, le Journal de l’instruction publique, fait une guerre incessante aux locutions hasardées ; » MM. D.-H. Sénécal, Turcotte, Adolphe Ouimet, Deulles, Mousseau, Alph. des Jardins, Letendre, Renault, Levasseur, Lusignan, Gelmas, ces derniers directeurs ou collaborateurs des principales feuilles locales de la province de Québec.

On le voit par cette longue liste d’auteurs, que nous aurions pu faire plus longue encore, le Canada français ne manque ni de journaux, ni de brochures, ni de romans, ni de pièces de théâtre (M. Fréchette à lui seul en a composé plusieurs), ni d’ouvrages de longue haleine ou de docte érudition. Sans vouloir surfaire les écrivains que nous avons nommés et qui sont les premiers à reconnaître leurs défauts, on peut dire qu’ils soutiennent dignement, de l’autre côté de l’océan, le bon renom des lettres françaises. Pour assurer l’avenir de la langue française dans l’Amérique septentrionale, il était indispensable qu’une littérature indigène s’y formât, et ce n’est même pas un mal que cette littérature ait un goût ou un parfum de terroir qui la distingue, à son avantage, des excentricités et des vulgarités où se complaît le « naturalisme » de tels et tels de nos écrivains du jour, corrupteurs de la langue et du goût, quand ce n’est pas tout d’abord de la morale. Cette littérature existe dès à présent au Canada ; elle a tous ses organes ; et quoiqu’elle doive longtemps encore, selon toute apparence, être tributaire de la France pour l’étude de nos inimitables classiques et le choix des plus parfaits modèles dans tous les genres littéraires, elle a déjà une vie propre et indépendante, une inspiration souvent originale et prime-sautière. Rien ne dit même que cette région lointaine de la France d’Amérique ne sera pas quelque jour, si le flam-