Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


flottille moitié marchande, moitié flibustière, dans les eaux de Saint-Sauveur. Comme rien n’avait fait prévoir cette attaque, la France étant alors en paix avec l’Angleterre, il fut très facile à Argall de s’emparer du fort et de l’unique vaisseau français qui était amarré dans le voisinage. Argall, qui dans toute cette affaire se conduisit en véritable forban, feignit, au contraire, de considérer comme autant de pirates les colons de Saint-Sauveur et, après avoir détruit les papiers et les brevets de La Saussaye, il emmena les malheureux Français en Virginie où ils furent jetés en prison et traités comme des flibustiers. Avant de partir, il avait chargé sur ses bâtiments tout ce qui pouvait s’enlever, puis avait brûlé le reste, en sorte qu’il ne resta absolument rien de cet établissement de Saint-Sauveur[1].

Mais Port-Royal se trouvait, aussi bien que Saint-Sauveur, au sud du 45e degré de latitude et les Anglais pensaient n’avoir rien fait tant que le drapeau français flottait sur la péninsule d’Acadie. Le gouverneur de la Virginie, Thomas Dale, confia à Argall une nouvelle expédition qui, à la fin d’octobre 1613, atteignit la rade de Port-Royal. Les colons, confiants dans la paix qui continuait de régner entre les deux couronnes, étaient occupés à leurs récoltes et à leurs cultures dans la campagne environnante. Biencourt lui-même était chez les sauvages. Les Anglais occupèrent donc librement le fort et les habitations de Port-Royal. Ils les dévalisèrent et brûlèrent tout ce qu’ils ne purent emporter.

Biencourt, averti, accourut pour se mettre à la tête de ses hommes ; mais les Anglais venaient de lever

  1. Rameau. Une colonie féodale, p. 44.