Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/57

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l’ancre et de partir avec leur butin. Ce désastre, quelque grand qu’il fût pour la colonie, n’entraîna pourtant pas sa destruction. La plus grande partie des ustensiles, beaucoup d’armes et des bestiaux restaient entre les mains des colons ; quelques semailles étaient déjà faites ; le moulin avec tout ce qu’il contenait avait échappé aux recherches des Anglais ; par dessus tout, on pouvait se fier au courage, à l’énergie et à l’esprit de ressource d’hommes qui, depuis des années, étaient habitués à compter sur eux-mêmes plus que sur les secours extérieurs[1].

La colonie se releva donc et quand, au printemps de l’année suivante (27 mars 1614), M. de Poutrincourt arriva, avec un navire que quelques marchands de La Rochelle lui avaient permis de fréter, tout le monde se reprit à espérer. De nouveaux logements et des magasins plus solides sortirent des ruines faites par les Anglais. Biencourt remit à son père les fourrures qu’il avait su ramasser au plus fort même de ses embarras et qui devaient servir à couvrir les dépenses de la colonie. Poutrincourt, après avoir présidé au rétablissement de toutes choses dans cette chère colonie à laquelle il avait consacré onze années déjà de sa vie, repartit pour la France, en laissant de nouveau son fils à la tête du fief que son énergie avait créé et maintenu. Il se promettait bien, après avoir vendu sa cargaison, de repartir l’année suivante (1615) pour Port-Royal ; mais le ciel en avait décidé autrement et cette noble carrière devait se terminer glorieusement sur le champ d’honneur. De retour en France,

  1. Rameau, Op. cit. p. 46.