Page:Rabelais marty-laveaux 04.djvu/28

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20 COMMENTAIRE.

« N’cft-ce rien, dit Charles Nodier % que cette pi- quante figure d’énuniératioii qui caraftérife avec une précifion fantafque l’aplomb imperturbable des men- teurs de profeffion ? Je l’avois regardée jufqu’ici comme une invention de Rabelais, & je la trouve à toutes les pages des Chroniques. Il taudroit donc qu’il l’eût dérobée à fes prédécefleurs, & on ne faifoit guère avant Rabelais de l’efprit à la manière de Rabelais. Il n’a pas confervé, à mon grand regret, ce joli palTage des guerres du géant contre les Hollandois & les Ir- landois, fous le commandement du roi Artus : « Kn « peu de temps il {Gdrgjntua) en tua cent mille deux <( cents & dix iulK-ment, & vingt qui faifoyent les « mors foubz les aultrcs. »

Ces traits, fpirituollcment naïfs, font plus nombreux encore dans la réimpreffion des Cronlcqucs de l’an- née 1533, à laquelle, fuivant nous, Rabelais a égale- ment mis la main. Ce paflage affez plat du texte de 1532 : « Y auoit fix hommes qui ne ceffoient de tran- cher la chair defTus ledift tranchouer et mettre par quartiers : et chafcun quartier de beuif ne luy montoit que vng morceau*, » devient beaucoup plus piquant en 1533 : « \ auoit vingt hommes qui ne ccfToyent de découper la chair, & la mettre par quarties Icullemcnt Car d’vng beuf il \\c\\ faifoit que quatre petits mor- ceaulx,etneofoit pas les faire plus gros pour caufe qu’il fe vouloit monftrer honncfte a table. Et mafchoit les os comme on fairt communément les os des alouettes. )i

Ou je me trompe fort, ou c’eft là du Rabelais, & du meilleur ; il le montre plus d’une fois auffl dans le dénoûment fort développe ajouté en 1533 aux Grandes Cronlcqucs. Elles fe terminent dans ce texte par cette réclame en faveur, tant de Pantagruel^ qui venait de paraître, que des fuites que fon auteur fongeait dès lors à lui donner.

1. Des male’riaux dont Rabelais s’ejl servi, p. il.

2. P.ige 38.