Page:Racan Tome I.djvu/273

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Il voit ce que l’Olimpe a de plus merveilleux,
Il y voit à ses pieds ces flambeaux orgueilleux
Qui tournent à leur gré la Fortune et sa rouë,
Et voit comme fourmis marcher nos legions
Dans ce petit amas de poussiere et de bouë
Dont nôtre vanité fait tant de regions.

Quelle magnificence, aux hommes inconnue,
A temoigné là haut l’aise de sa venuë !
Que de feux éternels naissoient dessous ses pas !
Qu’il augmenta du ciel sa clarté coûtumiere,
Et que ce grand flambeau qu’on admire ici-bas
Auprés de ce bel astre avoit peu de lumiere !

Parmi tant de beautez qui luisoient en tous lieux,
À peine son esprit daignoit baisser les yeux
Pour voir dessous ses pieds ce que la terre adore ;
Tous les dieux à l’envy luy versoient du nectar,
Sinon Bellone et Mars, qui poursuivoient encore
Les auteurs de sa mort sur les rives du Tar.

Mais, puisque ses travaux ont trouvé leur azile,
Oublie en sa faveur cette plainte inutile
Dont l’injuste longueur traverse tes plaisirs.
Crois-tu que, jouissant d’une paix si profonde,
Il voulût a present que, selon tes desirs,
Le Ciel le renvoyast aux miseres du monde ?

Le bonheur d’ici-bas se passe en un moment ;
Le Sort, roy de nos ans, y regne absolument.
Par luy ce grand Cesar n’est plus rien que fumée.
Puis qu’en ce changement tu cesses de le voir,
Au lieu de sa dépouille aime sa renommée :
C’est sur quoy le destin n’aura point de pouvoir1.


1. Cette pièce est assurément fort loin de la Consolation à Duperrier ; mais tout concouroit à ce qu’il y eût de grandes