Page:Racan Tome I.djvu/384

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vin, je ne tiens pas qu’il y ayt grande différence entre eux et luy ; et si j’en estois creu, on les mettroit tous en mesme logis, en attendant qu’on eust pourveu à faire punir les faiseurs de mauvais livres comme les faiseurs de fausse monnoye. Au reste je ne m’estonne point si N… a été si osé que de censurer vostre éloquence, puisque M. de Malherbe a eu l’effronterie de m’accuser de froideur, luy qui n’est plus que de glace, et de qui la dernière maistresse est morte de vieillesse l’année du grand hyver. Il a beau jeu à se vanter des merveilles de sa jeunesse, personne ne l’en peut démentir ; et pour moy, qui ne voudrois pas avoir donné ce qui me reste de la mienne pour les victoires du prince d’Orange, ni pour la sagesse du cardinal de Richelieu, je serois bien marri d’estre en état de lui pouvoir reprocher ce qu’il me reproche. Pour vous, il me semble que vous ne devez point tirer d’avantage d’estre arrivé de bonne heure au port : car, si vous appellés le temps que nous sommes en ce monde une navigation, je voudrois bien que nous pussions faire en sorte de ne retourner jamais à la terre, et encore que vous ayez été capable de faire des loix en l’âge où les autres apprennent celle de la grammaire, et qu’il semble que vous n’ayez faict qu’un pas de l’enfance à la vieillesse, je ne vous envie point cette gloire, puisqu’elle vous a cousté la perte de la plus belle saison de vostre vie. Achevez donc, si vous voulez, de consumer


dont il a été souvent parlé, surtout dans des ouvrages burlesques. « Ce fou, dit Tallemant des Réaux, s’appeloit le grand prévôt de la justice divine aux enfers. »