Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/107

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


deur des masses dont il étoit environné. Entre les chaînes prolongées, on découvroit le Bas-Roussillon, et l’éloignement excessif confondant toutes les nuances, sembloit unir la côte aux vagues blanches de la Méditerranée : un promontoire, surmonté d’un phare, indiquoit seul la séparation et le rivage ; les oiseaux de mer voltigeoient autour. Plus loin pourtant on discernoit quelques voiles blanches ; le soleil en augmentent l’éclat, et leur distance du phare en faisoit juger la vitesse ; mais il y en avoit de si éloignées, qu’elles servoient seulement à séparer le ciel et la mer.

De l’autre côté de la vallée, précisément en face des voyageurs, étoit un passage dans les rochers, qui conduisent à la Gascogne. Ici, nul vestige de culture ; les rocs de granit s’élevoient spontanément de leurs bases, et perçoient les cieux de leurs pointes stériles : ici, ni forêts, ni chasseurs, ni cabanes ; quelquefois pourtant, un mélèse gigantesque jetoit son ombre immense sur un précipice sans fond, et quelquefois, une croix sur un rocher apprenoit au voyageur l’affreux destin de quelque imprudent : le lieu sembloit destiné à devenir un refuge de bandits, Emilie, à tout moment, s’at-