Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/116

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celui qu’elle avoit perdu, et que l’amour avoit fait cet échange ; mais ayant ouvert le livre, ayant remarqué les traits de son crayon aux passages qu’il lui avoit lus, ayant distingué les mêmes traits sous des vers plus expressifs et plus passionnés, qu’il n’avoit pas osé lui lire, la conviction enfin s’empara de son esprit. Dans le premier moment elle n’eut que la certitude d’être aimée ; mais en se rappelant ensuite et le ton et le feu avec lequel il lisoit, l’air pénétré dont il rendoit les pensées tendres, sa mémoire la servit trop bien, et le sentiment qu’elle inspiroit lui fit verser d’abondantes larmes.

Ils arrivèrent à Perpignan bientôt après le soleil couché. Saint-Aubert trouva les lettres qu’il attendoit de M. Quesnel. Il en parut si douloureusement affecté, qu’Emilie, effrayée, le conjura, autant que la délicatesse le lui permit, de lui en expliquer le contenu. Il ne répondit que par ses larmes, et bientôt parla d’autre chose. Emilie s’interdit de le presser davantage ; mais l’état de son père l’occupoit fortement, et de la nuit elle ne put dormir.

Le lendemain ils continuèrent de suivre la côte, à l’effet de gagner Leucate, ville sur la Méditerranée, et située sur la fron-