Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/137

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y revient sans doute, dit Saint-Aubert en souriant, mais ce sont des vivans. — Quelquefois, à minuit, quand je ne pouvois dormir, dit Voisin, qui ne remarqua pas l’observation, quelquefois je l’ai entendue presque sous ma fenêtre, et jamais je n’entendis musique semblable. Elle me faisoit penser à ma pauvre femme, et je pleurois. J’ai quelquefois ouvert ma fenêtre, pour voir si j’appercevrois quelqu’un ; mais au même instant l’harmonie cessoit, et l’on ne voyoit personne. J’écoutois, j’écoutois avec tant de recueillement, que le bruit d’une feuille ou le moindre vent finissoit par me faire frémir. On disoit que cette musique étoit une annonce de mort ; mais il y a bien des années que je l’entends ; j’ai toujours survécu à ce triste présage.

— Emilie sourit à une superstition si ridicule ; et pourtant dans l’état où étoit son esprit, elle ne put tout-à-fait résister à son impression contagieuse.

— C’est fort bien, mon cher ami, dit Saint-Aubert ; mais personne jamais n’a-t-il eu le courage de suivre le son ? si on l’eût fait, le musicien eût été connu. — Oui, monsieur, on l’a tenté, on a suivi jusques dans les bois, mais la musique se retiroit et sembloit toujours dans le même éloi-