Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/208

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silence : Je serai sincère avec vous ; vous voyez ma position, et, je suis sûre, vous vous y conformerez. Je vis ici dans la maison, qui fut celle de mon père ; mais j’y vis seule. Je n’ai plus, hélas ! de parens dont la présence puisse autoriser vos visites…

Je n’affecterai pas de ne pas sentir cette vérité, dit Valancourt. — Puis il ajouta tristement : mais qui me dédommagera de ce que me coûte ma franchise ? Au moins, consentirez-vous que je me présente à votre famille ?

Emilie confuse, hésitoit à répliquer ; elle en sentoit la difficulté. Son isolement, sa situation, ne lui laissoient pas un ami dont elle pût recevoir un conseil. Madame Chéron, sa seule parente, n’étoit occupée que de ses propres plaisirs ; ou se trouvoit tellement offensée de la répugnance d’Emilie à quitter la Vallée, qu’elle sembloit ne plus songer à elle.

— Ah ! je le vois, dit Valancourt après un long silence, je vois que je me suis trop flatté. Vous me jugez indigne de votre estime. Fatal voyage ! je le regardois comme la plus heureuse époque de ma vie : ces jours délicieux empoisonneront mon avenir. Combien de fois je me les suis rappelés avec autant de crainte que d’espoir ! et pourtant,