Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/41

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soit ne regretter la vie qu’à cause d’eux et de leur douleur. Le septième jour fut celui de la crise : le médecin prit un ton plus grave ; elle l’observa, et profitant d’un moment où elle étoit seule, elle l’assura qu’elle croyoit sa mort prochaine. N’essayez pas de me tromper, lui dit-elle, je sens que je n’ai plus long-temps à vivre, je suis préparée à mourir, et ce n’est pas d’aujourd’hui ; mais puisqu’il est ainsi, qu’une fausse compassion ne vous conduise pas à flatter ma famille ; si vous le faisiez, leur affliction en seroit plus accablante lors de l’événement ; je m’efforcerai de leur enseigner la résignation par mon exemple.

Le médecin fut attendri, il promit d’obéir, et dit un peu brusquement à Saint-Aubert qu’il ne falloit plus espérer. La philosophie de cet infortuné n’étoit pas à l’épreuve d’un pareil coup, mais le surcroît d’affliction, dont l’excès de sa douleur auroit pu accabler sa femme, le rendit capable de la modérer en sa présence. Emilie fut d’abord renversée ; mais abusée par la vivacité de ses désirs, elle conserva l’espoir de la guérison de sa mère, et ne le perdit qu’au dernier moment.