Page:Ramuz - La beauté sur la terre, 1927.djvu/196

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Un nouveau petit silence.

— Seulement, il faudrait me laisser faire, voulez-vous ? Cette fête, c’est quand ?… Ah ! le troisième dimanche d’août… Alors ça tomberait, attendez, sur le 15… Oui, c’est juste, dans trois semaines… Il faudrait seulement que les gendarmes ne viennent pas avant, mais ils ne viendront par avant. Ça prend toujours du temps, ces enquêtes. Le difficile sera plutôt de faire que Rouge se tienne tranquille jusque là, parce que ça te tient profond et ça le travaille terriblement. Mais enfin je suis à portée, Bolomey aussi… Et vous, de votre côté… Et puis il y a le bossu… On tâchera bien, M. Maurice.

Le reste des paroles que les deux hommes ont dites se perd dans le pied de ce mur en briques de béton, sans fenêtres, au-dessus duquel il n’y a que le gros papier d’emballage brun noir du ciel, et tout froissé ; tandis que, là-bas, dans la salle à boire, on a entendu la voix de Milliquet, à quoi des rires ont répondu, et de nouveau on entend la voix de Milliquet, mais on a ri plus fort encore ; n’empêche qu’on entrait dans une vie difficile, une vie agitée ; de sorte que Décosterd n’a guère dormi, cette nuit-là, après qu’il fut rentré dans la petite chambre qu’il louait au village ; et, s’étant jeté sur son lit tout habillé, il réfléchissait…


Il a fait mauvais temps pendant quatre ou cinq jours, on ne pêchait plus ; puis voilà le beau temps qui revient, mais on n’a pas pêché davantage.