Page:Ramuz - La beauté sur la terre, 1927.djvu/198

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dresse la longue échelle. C’est tout au plus si, le dimanche, ou le samedi soir, ou après une journée particulièrement pénible, et à des places à eux, les garçons viennent se baigner ; les filles à des places à elles. Quand Rouge faisait ses tournées, il ne rencontrait que des promeneurs, gens de passage, venus de loin, — des inconnus. Il avait fini par se rassurer.

D’ailleurs elle était là, et c’est la grande chose. Elle, elle est là et elle est avec nous ; le reste compte peu. Il regarde encore si elle est vraiment bien là, puis peut-être qu’il n’y a plus qu’à se tenir tranquille, parce qu’il ne faut pas trop demander. Il s’est tenu parfaitement tranquille quelques jours ; il pleuvait. De nouveau, on voit pendre au-dessus du lac les averses comme des draps de lit tendus à leurs cordeaux tout en travers du ciel. Le ciel s’était éteint. Elle s’était éteinte aussi. Elle ne brillait plus. Elle était devenue toute grise, elle était devenue sans couleurs. Un jour elle brille, puis elle ne brille plus. De nouveau, elle a disparu et se cache. Elle s’est réfugiée dans sa petite robe noire, où elle reste sans mouvement, mettant son menton dans sa main, puis son coude sur son genou, devant la pluie. Elle vient s’asseoir sur le banc et est là tout éteinte et noire. Le ciel s’est tellement caché avec toute sa belle couleur qu’on se demande s’il se retrouvera jamais plus, parce qu’il va falloir d’abord qu’il se réinvente lui-même. Et, elle, peut-être bien aussi que c’est fini, parce qu’elle s’était inventée aussi (ou bien peut-être