Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/27

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des deux Indes.
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des larmes ſur le génie perſécuté, ſur le talent oublié, ſur la vertu malheureuſe. Ceſt de-là qu’on verſe l’imprécation & l’ignominie ſur ceux qui trompent les hommes, & ſur ceux qui les oppriment. C’eſt de-là qu’on voit la tête orgueilleuſe du tyran s’abaiſſer & ſe couvrir de fange, tandis que le front modeſte du juſte touche la voûte des cieux. C’eſt-là que j’ai pu véritablement m’écrier : je ſuis libre, & me ſentir au niveau de mon ſujet. C’eſt-là enfin que, voyant à mes pieds ces belles contrées où fleuriſſent les ſciences & les arts, & que les ténèbres de la barbarie avoient ſi long-tems occupées, je me ſuis demandé : qui eſt-ce qui a creuſé ces canaux ? qui eſt-ce qui a deſſéché ces plaines ? qui eſt-ce qui a fondé ces villes ? qui eſt-ce qui a raſſemblé, vêtu, civiliſé ces peuples ? & qu’alors toutes les voix des hommes éclairés qui ſont parmi elles m’ont répondu : ç’eſt le commerce, c’eſt le commerce.

En effet, les peuples qui ont poli tous les autres, ont été commerçans. Les Phéniciens n’étoient qu’une nation très-bornée dans ſon territoire & dans ſa puiſſance ; & c’eſt la première dans l’hiſtoire des nations,