Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/28

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Histoire philosophique
6

Il n’en eſt aucune qui ne parle de ce peuple. Il fut connu par-tout ; il vit encore par ſa renommée : c’eſt qu’il étoit navigateur.

La nature, qui l’avoit jetté ſur une côte aride, entre la Méditerranée & la chaîne du Liban, ſembloit l’avoir ſéparé, en quelque ſorte de la terre, pour lui apprendre à régner ſur les eaux. La pêche lui enſeigna l’art de la navigation. Le murex, fruit de la pêche, lui donna la pourpre. Le ſable de ſes rivages lui fit trouver le ſecret du verre. Heureux ce peuple, de n’avoir preſque rien reçu de la nature ; puiſqu’il tira de cette indigence même le génie & le travail, d’où naquirent les arts & les richeſſes !

Il faut avouer qu’il étoit heureuſement ſitué pour faire le commerce de l’Univers. Placés auprès des limites qui ſéparent & joignent, pour ainſi dire, l’Afrique, l’Aſie & l’Europe ; les Phéniciens pouvoient, ſinon lier entre eux les habitans de la terre, du moins être les médiateurs de leurs échanges, & communiquer à chaque nation les jouiſſances de tous les climats. Mais l’antiquité, que nous avons ſouvent ſurpaſſée, quoiqu’elle nous ait beaucoup appris, n’avoir