Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/33

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la navigation ; on ſera étonné que nous n’ayons pas ſur eux la ſupériorité la plus décidée. Mais il faut obſerver que, lorſque ce peuple connut les arts & le commerce, il ſortoit, pour ainſi dire, des mains de la nature, & avoit toute l’énergie néceſſaire pour cultiver les dons qu’il en recevoit ; au lieu que les nations de l’Europe étoient aſſervies à des loix & à des inſtitutions extravagantes. Dans la Grèce, le commerce trouva des hommes ; en Europe, il trouva des eſclaves. À meſure que nous avons ouvert les yeux ſur les abſurdités de nos inſtitutions, nous nous ſommes occupés à les corriger ; mais ſans oſer jamais renverſer entièrement l’édifice. Nous avons remédié à des abus par des abus nouveaux ; & à force d’étayer, de réformer, de pallier, nous avons mis dans nos mœurs plus de contradictions, qu’il n’y en a chez les peuples les plus barbares.

Les Romains, inſtitués pour conquérir, n’ont pas avancé, comme les Grecs, la raiſon & l’industrie. Ils ont donné au monde un grand ſpectacle ; mais ils n’ont rien ajouté aux connoiſſances & aux arts des Grecs. C’eſt