Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/35

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que tems à la plus cruelle indigence. Les nouveaux proſélytes eux-mêmes, ne pourvoient réparer, en faveur de l’état, les torts que le gouvernement avoit fait à leurs maîtres. Ils n’avoient ni propriété, ni ſubſiſtance aſſurée. Comment auroient-ils pu être dévoués à l’état qui ne les nourriſſoit point, & à une religion qu’ils n’avoient embraſſée que par ce penchant irréſiſtible, qui entraîne vers la liberté ? Un autre édit défendit le paganiſme dans toute l'étendue de l’empire ; & ces vaſtes contrées ſe trouvèrent couvertes d’hommes qui n’étoient plus liés entre eux, ni à l’état, par les nœuds ſacrés de la religion & du ſerment. Sans prêtres, ſans temples, ſans morale publique ; quel zèle pouvoient-ils avoir pour repouſſer des ennemis qui venoient attaquer une domination à laquelle ils ne tenoient plus ?

Auſſi, les habitans du Nord qui fondirent ſur l’empire, trouvèrent-ils les diſpoſitions les plus favorables à leur invaſion. Preſſés en Pologne & en Allemagne par des nations ſorties de la Grande-Tartarie, ils venoient occuper un moment des provinces déjà ruinées, pour en être chaſſés par des vain-