Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/51

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loix permettoient une ſorte de luxe qui conſervoit des fonds dans l’état. Le noble étoit à la fois économe & ſomptueux. L’opulence de Veniſe avoit reſſuſcité l’architecture d’Athènes. Enfin, il y avoit de la grandeur & déjà du goût dans le luxe. Le peuple étoit ignorant, mais la nobleſſe étoit éclairée. Le gouvernement réſiſtoit avec une fermeté ſage aux entrepriſes des pontifes. Siamo Veneziani, poi Chriſtiani, diſoit un de leurs ſénateurs. C’étoit l’eſprit du ſénat entier. Dès ce tems, il aviliſſoit les prêtres, qu’il vaudroit mieux rendre utiles aux mœurs. Elles étoient plus fortes & plus pures chez les Vénitiens que chez les autres peuples d’Italie. Leurs troupes étoient fort différentes de ces miſérables Condottieri, dont les noms étoient ſi terribles, & dont les armes l’étoient ſi peu. Il régnoit de la politeſſe à Veniſe ; & la ſociété s’y trouvoit moins gênée par les inquiſiteurs d’état, qu’elle ne l’a été depuis que la république s’eſt méfiée de la puiſſance de ſes voiſins & de ſa foibleſſe.

Au quinzième ſiècle, l’Italie laiſſoit bien loin derrière elle tout le reſte de l’Europe. La ſuperſtition la plus cruelle, la plus inſenſée, qui tenoit lieu de tout mérite, &