Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/52

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui produiſoit tant de pratiques minutieuſes & tant de fureurs atroces, avoit cependant peu-à-peu tiré l’Eſpagne du joug des Arabes. Ses différentes provinces venoient de ſe réunir par le mariage de Ferdinand & d’lſabelle, & par la conquête de Grenade. L’Eſpagne étoit devenue une puiſſance qui s’égaloit à la France même. Les belles laines de Caſtille & de Léon étoient travaillées à Ségovie. On en fabriquoit des draps qui ſe vendoient dans toute l’Europe, & même en Aſie. Les efforts continuels que les Espagnols avoient été obligés de faire pour défendre leur liberté, leur avoient donné de la vigueur & de la confiance. Leurs ſuccès leur avoient élevé l’ame. Peu éclairés, ils avoient tout l’enthouſiaſme de la chevalerie & de la religion. Bornés à leur péninſule, & ne commerçant guère par eux-mêmes avec les autres nations, ils les mépriſoient : ils avoient ce dédain faſtueux, qui, chez un peuple comme dans un particulier, marque ordinairement peu de lumières. C’étoit la ſeule puiſſance qui eût une infanterie toujours ſubſiſtante ; & cette infanterie étoit admirable. Comme, depuis pluſieurs ſièçles, les Eſpagnols faiſoient la