Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/56

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une aſſiette plus tranquille. L’ordre avoit ſuccédé à l’anarchie ; & les peuples de cette vaſte contrée, ſans richeſſes, ſans commerce, mais guerriers & cultivateurs, n’avoient rien à craindre de leurs voiſins, & ne pouvoient leur être redoutables. Le gouvernement féodal y étoit moins funeſte à la nature humaine, qu’il ne l’avoit été dans d’autres pays. En général, les diffèrens princes de cette grande portion de l’Europe, gouvernoient aſſez ſagement leurs états. Ils abuſoient peu de leur autorité ; & ſi la poſſeſſion paiſible de ſon héritage peut dédommager l’homme de la liberté, le peuple d’Allemagne étoit heureux. C’étoit dans les ſeules villes libres & alliées de la Grande Anſe, qu’il y avoit du commerce & de l’induſtrie. Les mines d’Hanovre & de Saxe n’étoient pas connues. L’argent étoit rare. Le cultivateur vendoit à l’étranger quelques chevaux. Les princes ne vendoient pas encore des hommes. La table & de nombreux équipages étoient le ſeul luxe. Les grands & le clergé s’enivroient ſans troubler l’état. On avoit de la peine à dégoûter les gentils-hommes de voler ſur les grands chemins. Les mœurs étoient féroces ;