Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v6.djvu/219

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des Deux Indes.


de pouvoir faire tout ce qui n'eſt pas contraire aux loix. La liberté politique, eſt l'état d’un peuple qui n’a point aliéné ſa ſouveraineté, & qui fait ſes propres loix, ou eſt aſſocié, en partie, à ſa légiſlation.

La première de ces libertés eſt, après la raifon, le caractère diſtinctif de l'homme. On enchaîne & on aſſujettit la brute, parce qu’elle n’a aucune notion du juſte & de l’injuſte, nulle idée de grandeur & de baſſeſſe. Mais en moi la liberté eſt le principe de mes vices & de mes vertus. Il n’y a que l'homme libre qui puiſſe dire, Je veux ou je ne veux pas, & qui puiſſe par conſéquent être digne d’éloge ou de blâme.

Sans la liberté, ou la propriété de ſon corps & la jouiſſance de ſon eſprit, on n’eſt ni époux, ni père, ni parent, ni ami. On n’a ni patrie, ni concitoyen, ni dieu. Dans la main du méchant, inſtrument de ſa ſcélérateſſe, l'eſclave eſt au-deſſous du chien que l'Eſpagnol làchoit contre l’Américain : car la confcience qui manque au chien, reſte à l'homme. Celui qui abdique lâchement ſa liberté, ſe voue au remords & à la plus grande miſère qu’un être penſant &