Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/270

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l’homme et la terre. — chrétiens

ils n’étaient qu’une infinie minorité, les mêla graduellement avec la race qui constitue la masse de la nation, et bientôt ils devinrent de véritables Persans. Entraînés dans un mouvement de guerres incessantes, d’abord contre les lieutenants grecs des Séleucides, puis contre les proconsuls romains, ils eurent à déplacer fréquemment leur capitale, d’abord installée près des « Portes caspiennes » ; mais chaque victoire contre leurs rivaux de l’Ouest leur permettait d’avancer vers la Mésopotamie, et les derniers souverains parthes, soutenus par leurs sujets iraniens, souvent alliés à des peuples de l’Asie antérieure, purent construire leurs palais non loin des ruines de Babylone, dans les deux cités de Séleucie et de Ctésiphon qui se regardent l’une l’autre par-dessus le courant du Tigre ; on les connaît aujourd’hui sous le nom arabe de Madain, c’est-à-dire « les Deux ».

Cependant, sous le gouvernement des Parthes, le peuple le plus pur de race iranienne, celui des Perses, avait maintenu sa prépondérance dans le royaume, et finalement, avec Ardéchir ou Artaxerxès, aidé puissamment par l’élément religieux mazdéen, il reprit le pouvoir. L’ancien empire tel qu’il avait existé sous les Achéménides fut, sinon restauré, du moins imité sous ses formes premières : les grands feudataires disparurent, il n’y eut plus face à face que le Roi des rois, entouré de prêtres, et le peuple « pauvre afin que les bases de l’édifice politique demeurent immuables »[1]. En souvenir du mythique Déjocès et du roi Cyrus, l’ancienne Ecbatane redevint la capitale d’été, Ctésiphon restant la résidence d’hiver. Le nouveau Roi des rois, fondateur de la dynastie des Sassanides, en mémoire de son père Sassan, voulant faire grand, commença par envoyer à Rome quatre cents seigneurs pour intimer à l’empereur Alexandre Sévère l’ordre de retirer ses troupes de toute l’Asie mineure, antique possession de Darius. À cette injonction, les Romains répondirent par des préparatifs de guerre, et l’on peut dire que, pendant quatre cents années, la lutte fut incessante entre les rois sassanides et les empereurs de l’Occident, d’abord ceux de Rome, puis ceux de Byzance.

Lorsque l’âpre conflit commença, la décadence politique de Rome était déjà visible, les idées nouvelles représentées par le christianisme

  1. A. Gobineau, Histoire des Perses, II, p. 626.