Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/550

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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

Guidés par leur vive imagination, les Hongrois font remonter volontiers leur généalogie jusqu’au roi des Huns, le formidable Attila ; cependant, il est fort probable que, parmi leurs ancêtres, les Avares remportèrent de beaucoup en nombre sur les Huns, puisque les premiers les avaient immédiatement précédés dans la grande plaine et qu’ils y avaient séjourné beaucoup plus longtemps. Les Magyars sont évidemment un peuple très mélangé, et, si l’on en doit juger par leurs traits et leur physionomie, ils ne présentent que d’une manière exceptionnelle des traits mongoloïdes : on constate parmi eux les types les plus divers, offrant pourtant la ressemblance commune que donne une allure très dégagée, très franche, souvent même chevaleresque. Quant à la langue, elle témoigne aussi du remous chaotique dans lequel se sont unis les éléments constituants de la nation actuelle. Le parler magyar se compose essentiellement de deux langages principaux, l’ougrien et le turc, mais en une combinaison telle que l’ougrien a fourni surtout la construction des phrases, tandis que le turc a pris une plus forte part à la constitution du vocabulaire. Mais il ne serait peut-être pas légitime d’en tirer la conclusion que le magyar est par cela même une langue ougrienne, comme on classe l’anglais, grâce à sa syntaxe, parmi les idiomes germaniques. La loi générale, d’après laquelle la grammaire se transmettrait de langue en langue sous forme d’un héritage intact, et cette autre loi, qui attribue au langage le plus ancien les termes relatifs aux choses de la vie primitive, n’ont point une valeur absolue. Ainsi, dans le magyar, la grammaire présente des formes turques à côté des formes ougriennes plus nombreuses, et, d’autre part, des termes essentiels d’origine ougrienne se placent à côté des vocables turcs. Les mots qui désignent l’œil, la bouche, l’oreille, la langue, la dent, le palais, ; la main, le cœur, le sang, la moelle sont ougriens, tandis que les mots relatifs au bras, au genou, au dos, au ventre, au nez, au col, à l’ombilic, à la barbe et à la moustache sont d’origine turque. Faudrait-il en conclure que les Magyars de descendance ougrienne et ceux de provenance turque étaient venus au monde privés des organes qui ne se trouvent pas dans leurs vocabulaires respectifs ? Les Slaves ont également contribué pour une forte part à l’enrichissement de la langue magyare et même à sa transformation en substituant des vocables nouveaux à des mots anciens. Il est indéniable que l’amalgame de la langue magyare indique