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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

Ce fut une véritable terreur. Les uns ne purent se rendre aux gares de chemins de fer ; les autres manquèrent des rendez-vous d’affaires ; les plus intrépides couraient dans les rues, et plongeaient dans les boues et dans les brouillards de Londres ; car le fait se passait en hiver. Espérons pour nos voisins que s’ils ont pu manquer de voitures, ils ne manqueront pas de pain, et que les maîtres boulangers céderont à de justes réclamations. » Car, aurait pu ajouter le journaliste, les réclamations nous paraissent d’autant plus justes, que ceux qui les font sont plus en mesure de les appuyer.

Mais la grève des facteurs, ce fut bien autre chose ! Comme on se hâta de faire droit à leurs demandes ! Comme le Times, si hargneux d’ordinaire, prit sans coup férir la défense de ces humbles fonctionnaires, et fit de terribles articles contre ces gros bonnets du Post-Office ! « Y pensez-vous ? Nos lettres, nos journaux, nos traites sur la Banque, nos affaires, toute la circulation intellectuelle, industrielle, politique et sociale de la Grande-Bretagne suspendue, et cela pour quelques sous par jour, rognés sur la paye de quelques misérables facteurs ? Allons donc !


Il n’est pas exact d’affirmer qu’il serait impossible aux manufacturiers d’élargir la quotité des salaires. Cette quotité dépend, il est vrai, du prix de vente des objets fabriqués, et fluctue avec les cours du marché. La hausse des salaires est d’ailleurs contre-balancée par une hausse correspondante des objets de première nécessité. Sur une base aussi vacillante que celle d’une augmentation de salaire, il serait insensé de vouloir fonder le bonheur futur du peuple. Toute réserve étant faite sur le fond même de la question, il faut cependant en convenir, dans beaucoup d’industries, les patrons pourraient fort à leur aise rogner une part de leurs gains pour augmenter d’autant les salaires de la main-d’œuvre.

Dans la dernière grève, les entrepreneurs de Londres se sont montrés très-tenaces à l’encontre de leurs ouvriers ; eh bien ! il résulte de devis parfaitement établis que, lorsqu’il s’agit d’une maison ordinaire de Londres, un constructeur compte sur un bénéfice de 10 à 30%, soit en moyenne de 20%.

Supposons qu’une maison doive coûter 100 000 fr. :

Pour matériaux divers 
 64 000 fr.
Pour frais de main-d’œuvre 
 30 000 fr.
Et pour intérêts à 6 % 
 6 000 fr.

L’entrepreneur est engagé, les fondements de la maison sont creusés, les délais de livraison sont fixés, c’est le moment que prennent les ouvriers pour réclamer une augmentation de 10% sur leurs salaires. Nous