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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE

dos. Ces boutiques vendent à crédit, et la majorité des clients possèdent chacun un livre de comptes courants qu’on balance au reçu de la paye, une fois par semaine ou bien par quinzaine. Les boutiquiers étant généralement créanciers pour une somme plus ou moins considérable, les ouvriers restent toujours endettés. Quand l’ouvrage ne va pas, le débiteur s’enfonce davantage dans l’arriéré, dont finalement il ne peut plus se débarrasser. Si le travail manque tout à fait, il faut quitter le pays, puis s’adresser à une autre boutique, à moins que l’ouvrier ne prenne la peine, malgré la distance, de se fournir à son ancien magasin. Il est fréquemment arrivé que d’honnêtes tisserands restent les fidèles pratiques des marchands qui, dans les mauvais jours, se sont fiés à eux, et j’ai vu moi-même une famille qui, ayant dû déménager à l’autre bout de Rochdale, n’en a pas moins pris ses provisions chez son ancien fournisseur, à 4 kilomètres de son nouveau domicile, bien que la boutique des Pionniers fût sur le passage et donnât les mêmes articles à meilleur compte. C’est une bien belle conduite que celle-là, et il m’a été cité une foule d’exemples analogues. »

À la longue cependant, les ménagères comprirent que leurs épiciers leur faisaient payer trop cher le mince crédit qu’ils leur accordaient ; à la longue elles apprécièrent l’économie résultant de l’achat au comptant. « Rien n’était plus écrit pour elles. » Elles s’enorgueillirent d’avoir leur boutique à elles, et de commanditer une entreprise financière. Elles comprirent enfin que l’argent qu’elles payaient comptant n’était pas dépensé par leurs maris au cabaret, et qu’une action dans l’entreprise équivalait à une assurance mutuelle contre la misère et l’ivrognerie.

Le journal le Cooperator (n° de septembre dernier) rend compte d’une heureuse innovation qui a été mise récemment en pratique pour libérer de leurs obligations envers leurs épiciers et détaillants divers, ces milliers de débiteurs honnêtes que leur arriéré empêchaient de se faire servir aux magasins de l’Association. Le système est des plus simples ; pour en exposer le jeu, nous transcrirons simplement la note envoyée par M. Noah Briggs, l’intelligent secrétaire de l’Association de Prestwich :


« Notre méthode de prêts m’a été suggérée par le fait que notre Société avait par devers elle un capital sans emploi, tandis que certains de nos souscripteurs, pincés (fast) dans d’autres boutiques, se voyaient dans l’impossibilité de se fournir chez nous. Aux souscripteurs ainsi empêchés, et sur la caution que leur veulent donner tels ou tels de leurs amis dont la souscription est déjà soldée, nous faisons avance d’une action de tout ou partie de leurs dettes, le remboursement devant être effectué en actions. À cet effet, les emprunteurs signent un engagement portant que les dividendes à échoir sur leurs titres et sur leurs