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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

maçons se sont déjà groupés (6 octobre 1859) dans plus de 200 localités diverses. Parmi eux, quiconque forfait à la sobriété, à la décence, ou à la moralité, est puni ou expulsé de l’association ; car, disent-ils dans leurs statuts, leur désir est de se rendre dignes de l’estime de tous les honnêtes gens. »

Les administrateurs de ces sociétés ouvrières sont élus par le suffrage universel ; mais il est de règle de ne pas les laisser vieillir au pouvoir par plusieurs excellentes raisons, dont voici les principales : intéresser le plus de personnes possible à la bonne gestion des affaires communes, en forçant le plus de monde à s’en occuper ; — prévenir ou apaiser les conflits entre la gérance et ses commettants ; — donner au pouvoir exécutif des juges compétents, — maintenir la sincérité du pouvoir représentatif, qui étant un compromis, pourrait glisser facilement dans l’un ou l’autre extrême, soit dans l’anarchie, soit dans le despotisme individuel. — Les pouvoirs des administrateurs sont du reste très-bornés, et pas besoin n’est d’un talent hors ligne pour exercer ce mandat. On ne demande aux gérants que de l’honnêteté, de l’activité, du bon sens, et beaucoup de patience ; d’ailleurs, si un administrateur se rendait coupable de quelque improbité ou de quelque indélicatesse, il serait déposé promptement et sans grande cérémonie. Tous les témoignages recueillis par le Comité de la Société pour l’avancement des sciences sociales en Angleterre, ont établi de la façon la plus péremptoire que, loin de fomenter les disputes et d’établir des foyers d’agitation, le pouvoir exécutif de ces associations remplit essentiellement la fonction de nos conseils de prud’hommes et de nos juges de paix, occupé qu’il est à empêcher des querelles entre ouvriers, et entre ces derniers et leurs patrons. Loin de se proposer des grèves, qui ont pour résultat de dévorer leurs ressources, il tâche autant que possible de les prévenir ; car la grève est pour les ouvriers une calamité dix fois, cent fois plus cruelle qu’elle ne l’est pour les fabricants. Depuis la consolidation des Trades’Unions, le nombre des grèves a énormément diminué, mais, très-malheureusement, leur importance s’est accrue d’autant ; une grève d’aujourd’hui prenant immédiatement des proportions qui auraient semblé impossibles autrefois. — En 1853, on vit à Liverpool 5 000 hommes abandonnant leurs chantiers pour faire porter leurs journées à 5 francs. À Stockport, 20 000 ouvriers quittèrent leurs filatures le même jour ; ils demandaient à la fois une augmentation de 10 % sur leurs gages, et une diminution des heures de travail. Dans le pays de Galles, 6 000 mineurs se mirent tout d’un coup en grève, demandant une augmentation sur leurs salaires, que les propriétaires leur accordèrent, en voyant ces 6 000 ouvriers, puis 2 000 autres, faire leurs préparatifs de départ pour émigrer en Australie. À Manchester, les « fellowes » se mirent simultanément en grève, au grand embarras des autorités qui préférèrent céder immédiatement. — Quelques semaines