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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

de bienfaisance qui foisonnent en Angleterre, sous les noms de Forestiers, Vénérables Druides, — Drôles de corps (odd Fellows), — Anciens Romains, — Jolis Bergers, — Ordre de la Toison, — Ordre indépendant et loyal de l’Arche ; appellations bizarres semblables à celles que prennent les loges maçonniques, qui ont pu leur servir de modèle : Rose du Parfait Siience, Temple de l’Honneur, Colombe pacifique, etc.

Dans une même industrie, les associations locales sont reliées par un comité central, qui a des ramifications dans toute l’Angleterre et même au delà ; la Société des Graveurs ayant des membres actifs aux États-Unis, et celle des Mécaniciens réunis (Amalgamated Engineers), ayant des représentants en Australie, dans le Canada, en France, en Italie, et généralement dans tous les pays civilisés.

Le tarif des salaires, adoptés par les Trades’Unions, varie selon les différentes industries : les unes n’admettent que le prix à la pièce, d’autres que le prix à la journée, plusieurs les admettent simultanément. Les prix doivent être égaux pour tous les ouvriers d’une même industrie, entre lesquels ne distingue pas l’association, qui les suppose de force et de capacités égales. Elle n’accepte, d’ailleurs, que des membres ayant passé leur apprentissage. Par contre, elle ne permet aux patrons d’employer qu’une proportion donnée d’apprentis. Plusieurs associations, celles des filateurs entre autres, vont même jusqu’à interdire l’emploi à prix réduit des apprentis, pour lesquels ils exigent le payement intégral d’une journée d’homme.

Un ouvrier entre dans une Société de secours mutuels ou dans une Trades’Union, selon les hasards de la camaraderie et les affinités de son caractère. Du reste, les Unions n’admettent pas le premier venu ; elles entendent n’enrôler que des travailleurs d’une capacité et d’une moralité reconnues. Leurs membres, loin d’être, comme leurs ennemis l’ont prétendu, le rebut et l’écume de leur métier, en sont plutôt l’élite. Nous extrayons d’un excellent article de Westminster Review (octobre 1861) le témoignage porté par i’architecte M. Marsh Nelson sur les associations, avec lesquelles il était journellement en contact :

« Les règles établies par les ouvriers, pour le maintien de l’ordre et de la sobriété, sont vraiment excellentes. C’est à ces règlements, dont l’infraction est punie par des amendes ou par l’exclusion du contrevenant, qu’il faut attribuer la tranquillité qui a succédé au tapage et à l’ivrognerie du samedi soir. — Depuis leur groupement en sociétés, la condition des ouvriers en construction de Londres a fait d’immenses progrès. Ils ne franchissent plus le seuil des workhouses et les cas de malhonnêteté sont devenus très-rares, L’Union des maçons a établi des règles qui sont un véritable chef-d’œuvre et se rapprochent de l’admirable système pratiqué on Allemagne, chez les compagnons voyageurs. Les