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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

développement d’associations ouvrières, qu’au premier abord on aurait cru devoir y surgir aussi nombreuses que les fraises dans la forêt.

M. William Cooper, un des organisateurs du mouvement et secrétaire des Pionniers de Rochdale, s’exprimait ainsi : « Aux débuts d’une association de coopérateurs, il est absolument nécessaire de mettre en contact fréquent les membres qui la doivent composer, pour que chacun d’eux connaisse parfaitement le but, le situation, les difficultés et les ressources de la Société ainsi que le caractère de ses membres. »

— « Mais, remarque à ce sujet M. Holyoake, la grande difficulté qu’on éprouve à Londres est précisément de réunir les gens. À Rochdale, le seul objet pittoresque, mais relégué dans un quartier introuvable, est, à ce qu’il appert, un certain petit pont qui enjambe comme un cheval de bois la Roach, rivière imaginaire, où, en fait de liquide, il n’y a que de la boue ; il s’y trouve aussi, dit-on, une église avec un perron étroit, roide et inaccessible ; et si, par improbable, on a pénétré jusque-là, on ne sait comment en sortir. Des rues ne conduisant nulle part traversent des agglomérations de maisons et longent des usines qui semblent bâties avant l’invention de l’esthétique. Pas un bâtiment qui fasse plaisir à regarder dans cette ville, bâtie à l’instar d’une tasse avec une rigole au fond et un cimetière sur le bord. En pareil endroit, il n’y a rien pour distraire les gens des projets qu’ils peuvent former. Rochdale est en train d’acquérir l’importance qu’il y a vingt ans acquéraient Bradford, Leeds et autres endroits qui songent maintenant à s’embellir ; elle pourra plus tard devenir magnifique à son tour, mais aujourd’hui ! Comparez Rochdale à Liverpool avec la superbe Mersey, fourmillante d’embarcations, Liverpool avec sa population flottante, ses grandioses bâtiments, ses Hatls ouverts à tout le monde, et surpassant ceux de Londres en variété. On ne saurait le contester, il faut plus de dévouement à Liverpool qu’à Rochdale pour y faire réussir une entreprise de coopération.

— « Comparez ensuite telle ville de province, immobile, insignifiante ou ennuyeuse, à la capitale avec ses innombrables attractions, et la difficulté devient plus grande encore. À Londres, les gens ont trop d’esprit pour être utiles. Est-ce qu’on y trouverait une douzaine d’hommes pour s’attacher à un plan de réforme, et se réunir de semaine en semaine et au jour fixé d’année en année, sans jamais se laisser séduire par les séductions du dehors ? C’est Dickens qui prononce un discours à Drury-Lane, ou qui fait à Saint-Martin’s Hall la lecture de son Carillon de Noël ; — c’est Thackeray qui, au Surrey-Garden’s, raconte l’histoire des Quatre George ; — c’est Spurgeon qui doit prendre place après lui ; — c’est l’acteur Robson ; — c’est la comédie de Sanders ; — c’est le cardinal Wiseman qui prêche dans la rue à côté ; — c’est le Dr Cumming qui fait un prône pour prouver que la fin du monde aura lieu samedi prochain ; — c’est la musique du peuple qui joue dimanche à Regent’s Park ; —