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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

Neal Don pérore à Exeter-Hall, et George Dawson se montre à Wittington-Club ; — il y a Cremorne, Rosherviite et Kew ; — la Galerie Nationale et le British Museum ; la Chambre des Lords et celle des Communes ; le South-Kensington Museum ; des réunions publiques où vont parler des orateurs que l’on n’a encore jamais entendus, que l’on n’entendra jamais plus !

« Certes, un homme doit être bien dévoué pour moudre le café avec conscience, pour surveiller la vente du sucre et du thé, pour assister pendant quatorze années à des comité divers, à des discussions sur les chandelles et la mélasse, tandis qu’au dehors s’agitent toutes ces nouveautés et toutes ces célébrités. Voilà pourquoi les mouvements populaires qui dépendent à Londres du bon vouloir des classes populaires et bourgeoises font si peu de progrès ; il faut qu’un homme se sacrifie, qu’il choisisse un poste et le maintienne pendant des années en véritable sentinelle perdue. Pour réussir, les ouvriers de la grande ville doivent être aussi supérieurs à la moyenne de leurs concitoyens, que les Pionniers de Rochdale l’étaient aux autres prolétaires du Lancashire. »

Remarquons aussi que dans une cité immense comme Londres, où les individus disparaissent dans la multitude humaine comme des gouttes d’eau dans un étang, tout naturellement et comme par une nécessité morale, l’élite des habitants réagit contre l’absorption du milieu et se montre plus personnelle qu’ailleurs. C’est au milieu de ces immenses agglomérations que le tempérament nécessaire à l’association se développe le plus difficilement. C’est pour ce motif, sans doute, que les artisans de Londres ont donné davantage dans le système des Strikes et des Trades’ Unions que dans celui de la coopération ; ils préféreraient emporter directement et de haute lutte une position que, très-probablement, ils n’obtiendront jamais de cette façon, et que les Coopérateurs obtiendront certainement par des moyens strictement pacifiques et en réalité plus directs. Londres qui, en 1833 déjà, avait inauguré me mouvement par une sorte de Coopérative Stores (ils avaient eu le malheur de venir trop tôt !), Londres, disons-nous, a vu, en février 1851, l’éclosion d’une association pour la fabrication des machines, les East London Engineers, fondée par les énergiques frères Musto. Un millier de francs, qu’avait laissés de reste la grande grève de 1850, fut le noyau du capital social qui, en 1854, avait grandi jusqu’à 70 000 fr. Mais pour avoir voulu marcher trop vite et s’être, en 1855, lors de la guerre de Crimée, engagée pour des livraisons qui dépassaient ses forces, l’entreprise se vit emportée par la crise financière de 1856. Quoiqu’il en soit, les ouvriers de Londres ont eu honte de rester en arrière, et se sont mis à l’œuvre, surtout depuis 1860 ; et l’on nous signale une trentaine de sociétés encore peu considérables, parmi lesquelles nous remarquons le nom de la Belmont Amicable Unity, des Good Intent Cooperative Stores et celle de l’Energetic Teetotaller.