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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

sa tyrannie se plie aux lois et aux convenances. C’était le plus cruel des maîtres, il devient le plus aimable des serviteurs.

Les théories extrêmes et contradictoires étant ainsi reléguées et mises de côté, sans que nous ayons eu à les combattre, reste la grande question : Admettant parfaitement que, dans l’avenir, le capital et le travail deviennent des alliés inséparables, quelle part faudra-t-il attribuer à l’un et à l’autre ? Qui aura la grosse part ? ou plutôt : Comment partager équitablement ? — Cette question, en apparence très-abstraite, résume, si on nous permet toujours de parler franchement et nettement, la difficulté aujourd’hui pendante entre le prolétariat et la bourgeoise. — Puisque compromis il doit y avoir, comment donc concilier les droits contradictoires du travail et du capital, qui ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre, mais qui se jalousent réciproquement ?

Pour consacrer la supériorité du travail actif sur le capital oisif, certains ont demandé que, dans la répartition des bénéfices, l’on fît au travail une double part. — Certes, nous n’y voyons aucune objection théorique, mais nous n’en verrions pas non plus si l’on demandait une part triple, décuple ou centuple. Mais alors, pourquoi le travail ne s’adjugerait-il pas le bénéfice entier, en s’écriant : « Je m’appelle Lion : Quia nominor Leo ? » À quoi le capital serait parfaitement en droit de répondre : « Moi aussi, je veux manger le bénéfice à moi tout seul. Je suis le Tigre : Quia nominor Tigris ? »

Des hommes de sens ont conclu qu’il fallait distribuer les bénéfices moitié au capital, moitié au travail. Cette formule est adoptée d’instinct par l’immense majorité ; et, pour notre part, nous y adhérons comme tout le monde. Mais c’est ici qu’apparaissent les vraies difficultés. Il s’agit de déterminer bien des choses : Qu’est-ce que le bénéfice ? — Si les travailleurs prétendent partager la moitié des bénéfices, peuvent-ils prendre sur eux la moitié des pertes ? Et s’ils ne se chargent d’aucune responsabilité pour les risques à encourir, leur part dans les bénéfices ne doit-elle pas être diminuée ? — En ce cas, de combien ? Et puis, autant il est difficile de dire quelle est la moitié d’une succession, autant il est difficile de dire quelle est la moitié des bénéfices d’une entreprise. Ainsi, dans ce plan de répartition, qu’une majorité d’actionnaires trouva trop généreux, les Équitables Coopérateurs croyaient avoir fait au capital et au travail des parts égales. Ce qu’ils appelaient la moitié, d’autres ne l’appelaient que le dixième. Écoutons le Reasoner :

« En fondant leur manufacture, les Pionniers, nos modèles, permirent à chaque ouvrier de souscrire une part du capital social sur lequel ils garantissaient 5 % d’intérêt annuel. S’il travaillait dans la fabrique, il y entrait aux mêmes conditions de paye que les autres ouvriers du même district. À la fin du trimestre, toute dépense payée, un premier prélève-