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ASSOCIATION OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

ment devait être effectué sur le bénéfice net, pour payer au capital les 5 % susdits. Le surplus devait être partagé par portions égales entre le capitaliste et les ouvriers, c’est-à-dire que la Société devait allouer un dividende égal, et à l’ouvrier qui lui aurait donné un travail représenté par cent francs de salaires, et au capitaliste qui aurait apporté cent francs en actions, — il restait entendu que, si dans une certaine année ou dans une série d’années, le capital n’avait pas reçu les 5 % d’intérêt obligatoire, toute répartition ultérieure des bénéfices nets devait être suspendue jusqu’à parfait payement des intérêts en souffrance. — Dans cette combinaison, la part du lion est faite, il faut le reconnaître, au capitaliste ; mais la part du travailleur n’est jamais oubliée non plus, son droit est reconnu et consacré, il conserve la chance de devenir un capitaliste à son tour, s’il en a le désir. »

— Il me semble, monsieur Reasoner, que, pour vous constituer l’avocat du pauvre prolétaire, vous êtes par trop modeste pour votre client en lui réservant la part que la fable donne à l’âne. Voyons, ne nous sachez pas mauvais gré de raisonner même après vous :


— « Voici une entreprise dans laquelle les capitalistes ont engagé un million, la paye des ouvriers s’élevant à cent mille francs par an. Telle est, en tout cas, la proportion entre le capital de fondation et les salaires annuels que N. Cooper, le secrétaire des Pionniers, indique pour la manufacture de Rochdale.

« Après prélèvement des frais d’amortissement et des 5 % d’intérêt attribués au capital, on a, par supposition, 55 000 francs de bénéfice net, à partager au prorata des salaires et du capital. Dans ce cas, les ouvriers recevraient, sur le montant de leurs salaires, 5 % de surplus, soit

fr. 5 000
fr. 50 000
55 000

« Et les actionnaires toucheraient pour intérêt de leur capital, 5 % supplémentaires, soit


« Attribuer 5 % au capital, et 5 % au travail, quoi de plus juste et de plus raisonnable ? Au premier abord, il semble impossible de répartir le bénéfice en moitiés plus égales. Mais qu’on y regarde à deux fois, et d’un autre point de vue, alors on s’apercevra fort bien que les 55 000 francs de bénéfices nets ont été partagés en onze parts de 5 000 francs chacune, et que, de ces onze parts, dix ont été attribuées à l’actionnaire, un oisif et une seulement au travailleur, qui a produit le bénéfice. La proportion est-elle tout à fait équitable ? En saine et droite justice, faut-il donc dix travailleurs pour faire la monnaie d’un rentier ? Est-il vrai que cent mille francs équivalent juste à cent ouvriers à mille francs par an ? Un ouvrier ne vaut-il donc que sa paye ? »

— « Non ! » dit M. Vansittart Neale, le jurisconsulte des Coopérateurs et l’un des promoteurs les plus zélés de leur mouvement. « La répar-