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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

prix de leur labeur quotidien. Plus une part légitime dans les bénéfices.

Si, après prélèvement des intérêts, des salaires, des frais généraux et d’amortissement, il se trouvait un bénéfice net de 5%, les 150 000 fr. seraient distribués en trois parts de 50 000 fr. chacune, dont une pour le capitaliste, et deux pour les ouvriers. — Et en ne touchant pas à leurs dividendes, mais en abandonnant au capitaliste un arrérage annuel de 100 000 fr. en amortissement de ses avances, les ouvriers pourraient devenir propriétaires de la fabrique en question, au bout de huit ans et quelque mois.


Cette assimilation du travail de l’ouvrier à celui d’une machine, cette comparaison entre la machine vivante et la machine morte nous semble d’une extrême simplicité. N’y a-t-il pas dans les ateliers un va-et-vient continuel entre les hommes et les mécaniques, des ouvriers étant substitués à des machines-outils, et des machines-outils à des ouvriers ? — Et, puisqu’à l’actif d’une Société industrielle on porte les moteurs mécaniques, les moteurs avec force animale, chevaux et mulets, pourquoi n’y mettrait-on pas également les moteurs intelligents en ligne de compte ? — Demander que l’ouvrier, possesseur de son propre corps, — cet admirable mécanisme, entre dans la répartition des bénéfices sociaux au même titre que l’actionnaire, dont le travail ne s’effectue dans l’usine que par l’intermédiaire d’une machine à vapeur, de bielles, d’engrenages et de courroies de transmission, nous paraît chose aussi modeste qu’équitable. — Au fond, tout notre dire se réduit à ceci : Un homme, un simple ouvrier, un travailleur du peuple, vaut, en moyenne, vingt mille francs. Sans doute, un bourgeois vaut beaucoup plus, et un banquier, cousu d’or, vaut infiniment davantage ; sans doute, le Monsieur qui, par an, fume pour mille francs de cigares de la Havane, et qui, par mois, gagne ou perd trois cent mille francs sur le marché des fonds publics, est d’une valeur inappréciable ! Mais un homme qui, pendant trois cents jours de l’année, travaille douze heures par jour, nous contestera-t-on qu’éventuellement il vaille autant que vingt tonnes de stéarine ou trente futailles de vin ? Ce ne serait pas H. Thomas Carlyle qui trouverait notre estimation exagérée.

« Autour de nous, s’écrie-t-il, quelque chose va mal. Sur le marché de la ville, un cheval bien conditionné trouve facilement un prix de vingt à deux cents louis. Mais un homme dans la vigueur de l’âge ne vaut rien du tout sur le marché du travail. Voire, si l’on en croyait certains économistes, qui vont répétant que le banquet social est encombré d’affamés, la société ferait une bonne affaire en soudoyant, sans trop marchander, quelques braves pères de famille pour qu’ils allassent se faire pendre ailleurs. Et cependant, même au point de vue de la machine, quel est le mieux agencé d’un homme ou d’un cheval ? — Bonté divine ! un blanc d’Europe, debout sur ses deux jambes, avec ses dix doigts au