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CHRONIQUE D’UN TEMPS TROUBLÉ

toutes les hontes ! C’est pour filtrer la source qu’est née la mère chrétienne. Elle se tient entre Dieu et l’enfant, but de la famille chrétienne. Et elle a pour devoir, quand elle s’est tournée vers Dieu, de servir l’enfant, en épanchant dans son âme le trop-plein de Dieu ! Voilà la collaboration que le Ciel attend de nous : éduquer le jeune homme, l’arracher aux humiliations de la chair ! Le pauvre enfant a besoin de nos prières, bien plus, de nos souffrances. La mère chrétienne doit être une conquérante : elle doit conquérir l’enfant ! Travaillons la sueur au visage, et comptons ensuite sur la rosée du ciel !

La dernière phrase fut dite avec une figure extasiée. Le succès fut très grand. Je dévorais des yeux cette dame en pleine crise oratoire, et me disais : « Je paierais cher pour voir la bobine de M. Lherminat ! »

Le docteur Barre prit la place, un instant, de cette femme lyrique. Il avait une petite bouche ronde assez ridicule, dans laquelle les mots roulaient comme des billes, et on ne perçut guère de sa communication scientifique que : « éclosion pubertaire », « éveil sexuel », rejet « de la chrysalide ». Je crois que j’étais devenu franchement gai.

M. le Pasteur Bleakok de Philadelphie, qui était le morceau de résistance, lui succéda.

C’était un homme sanguin. En soufflant,