Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/415

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charmante et la plus adorable créature que j’aie jamais vue, et je voudrais vous aimer comme vous méritez de l’être, mais s’il n’y a plus de place dans mon cœur pour l’amour, il y en a encore pour une amitié sincère et dévouée. Ne la repoussez pas, croyez-moi, elle pourra vous être utile dans l’avenir.

— Eh ! que me fait à moi l’avenir ? Est-ce que, pour nous, il en est un autre que l’hôpital ou la Tamise ? dit l’enfant en se levant brusquement. Ce que je veux à tout prix, au prix de mon âme, c’est d’être aimée de vous, c’est de vous servir à genoux, en esclave ! Que voulez-vous faire de moi, enfin ? Vous êtes riche, noble, généreux, et vous n’avez pas besoin, comme ces sots qui se ruinent par orgueil, d’une maîtresse en renom pour flatter votre vanité. Vous avez exigé que, dans cet hôtel qui est le votre plus que le mien, je continue à recevoir mes anciens amis. Dans que but ? Pourquoi tous ces mystères ? Et tenez, tant pis ! cette question brûle mes lèvres ; qu’alliez-vous faire cette nuit dans la taverne de Bob ?

— Dans la taverne de Bob ? dit Villaréal en réprimant un mouvement de stupeur.

— Oui, dans Star lane, à Spitalfields. Oh ! je vous ai reconnu, plus encore avec mon cœur qu’avec mes yeux, car vous étiez déguisé. Yago vous accompagnait.

— Comment ! vous m’avez reconnu ? Que faisiez-vous là vous-même ?

Le comte, embarrassé, car il sentait qu’il ne pouvait nier, répondait à une question par une autre question.

— Oh ! moi, c’est différent, dit Saphir en rougissant : j’allais voir ma mère.

Jane entr’ouvrit en ce moment la porte et fit signe à la jeune fille qu’elle avait à lui parler.

— Tout à l’heure ! répondit-elle en s’emportant contre sa femme de chambre ; vous savez que lorsque M. le comte est ici, je ne reçois pas.

— Pardon, mademoiselle, mais les personnes qui sont là ont insisté pour que je vous fisse passer cette carte.

— Je n’en ai pas besoin ; laissez-nous, vous dis-je.

— Voyons, Saphir, dit le comte, prenez connaissance au moins du nom de ces visiteurs ; c’est peut-être quelqu’un que vous attendez.

— Je n’attends et ne veux voir que vous !

— Enfant ! Je vous en prie, lisez cette carte.

Pour obéir, car Villaréal avait prononcé ces derniers mots de cette voix douce et pleine de charme qui était une de ses plus irrésistibles séductions, Saphir prit la carte que Jane lui présentait sur un plateau et y jeta les yeux.

— Tiens ! une femme, dit-elle tout étonnée. Miss Emma Berney ! Mais c’est la sœur d’Edgar. Ah ! par exemple ! Voyez donc, comte ! Elle, chez moi !