Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/93

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« Mes préparatifs achevés, je m’embarquai avec les miens à Trinquemale sur un cotre qui me conduisit heureusement à Tanjore. Après quelques jours de repos, je me dirigeai vers Seringham, afin de rejoindre après de cette ville la grande route qui remonte vers le nord.

« Lady Buttler, les enfants et les femmes de chambre voyageaient en palanquins ; mes deux domestiques et moi nous faisions la route à cheval. Les bagages nous suivaient dans un chariot attelé de bœufs. Ma caravane, y compris les porteurs de palanquins, se composait d’une trentaine de personnes.

« Jusqu’au-delà de Seringham, notre voyage s’accomplit sans nul incident remarquable. Nous marchions à petites journées pour ne pas fatiguer mes hommes et nous venions de dépasser Melampoor, lorsque nous fûmes surpris par un violent orage qui nous força de faire halte.

« Pour échapper, autant que possible du moins, au danger de la foudre, j’avais établi mon campement au milieu d’une plaine immense qui s’étendait au-delà de l’horizon, sans ombre et sans verdure. On eut dit un véritable désert.

« Nous passâmes là tout la journée, et le soir, la nuit promettant d’être fort elle, je donnai le signal du départ. Quelques instants après nous nous remîmes en route.

« Lady Buttler était dans son palanquin, et j’avais assis devant moi, sur mon cheval, mon petit James qui n’avait pas encore sommeil, lorsque tout à coup il s’écria :

« — Tiens, papa, des arbres !

« Je regardai du côté où l’enfant étendait la main, et, à ma stupéfaction, j’aperçus à la clarté de la lune, qui venait de se lever, un taillis de buissons que je ne m’attendais pas à rencontrer aussi rapidement.

« M’étais-je trompé de route ? Étais-je plus loin que je ne le supposais ? C’était probable, car rien sur la carte où j’avais tracé mon itinéraire ne m’indiquait ce que mon fils venait de découvrir.

« Je crus alors prudent de ne pas aller plus loin ; car bien que nous ayons continué à marcher lentement, le bois grandissait à vue d’œil. On aurait pu croire, mirage causé sans doute, me disais-je, par les rayons de la lune qui venait de se lever, que la forêt venait à notre rencontre.

« Quoiqu’il en fût, ne voulant pas me hasarder dans les taillis pendant la nuit à cause des bêtes fauves, j’ordonnai la halte.

« En moins d’un quart d’heure les tente furent dressées de nouveau, et tout notre monde se prépara au sommeil.

« J’avais conservé près de moi mon fils qui était nerveux et inquiet.

« J’essayais vainement de l’endormir.

« — Je n’ai pas sommeil, j’ai peur ! me disait-il.