Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/147

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— Votre femme est là-dedans, j’en ai la conviction, auprès de l’homme dans les bras duquel nous l’avons surprise il y a deux mois. Vous avez seul le droit, comme mari outragé, de l’en faire sortir. Mais si vous voulez l’y laisser, cela vous regarde !

Le libraire de Coventry était écarlate, la colère de son beau-père le grisait, son ironie l’humiliait, la crainte de paraître lâche lui faisait perdre la tête. Il entra dans l’atelier, le fouilla rapidement, et, n’y ayant pas découvert celle qu’il cherchait, il allait se rapprocher de M. de Tiessant, lorsqu’il vit l’escalier intérieur, comprit qu’il menait au premier étage, le gravit d’un seul bond, pour apparaître, menaçant, les yeux injectés, sur le seuil de la chambre où la fugitive, revenue à elle, disait à Gilbert agenouillé près du lit où elle était toujours étendue :

— C’est encore vous qui m’avez sauvée. Soyez béni !

— Ah ! misérable, s’écria M. Noblet en reconnaissant la voix de sa femme.

Et, fou de rage, il se jeta sur le créole, qui s’était relevé et restait devant Éva, pour la défendre.

Mais le mari, par bonheur, n’eut pas même le temps de frapper celui qu’il avait le droit de croire son rival heureux. Agile et robuste, Gilbert lui saisit les poignet et, le maintenant ainsi malgré ses efforts, le repoussa jusqu’à la porte, qu’ils atteignirent au moment où MM. de Tiessant et Garnier apparaissaient à leur tour.

Rendant alors la liberté à son agresseur, que le