Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/157

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étouffé, le dégoût que lui causait l’aspect de l’endroit où on l’avait conduite.

Elle était en face d’une porte grossière, ménagée dans un mur sale, effrité, aux assises rongées par le temps et les eaux stagnantes ; et de chaque côté de cette horrible entrée se tenaient des gens de mauvaise mine, qui, en la voyant descendre de voiture, s’étaient hâtés de se grouper, curieux et gouailleurs, comme pour faire haie sur son passage.

Ils attendaient là depuis l’aube, pâlis par le vice, l’ivresse ou l’insomnie, les uns des compagnons de cabaret arrêtés pour tapage nocturne, les autres des filles victimes de quelque rafle des agents des mœurs, prisonnières dont la police se débarrasse souvent le matin, quitte à les arrêter parfois de nouveau le soir même.

M. Garnier les éloigna du geste, mais néanmoins Éva demeurait immobile, sans oser faire un pas. Heureusement que, tout à coup, elle reconnut, au milieu de ces misérables, le docteur Bernel, qui lui disait, du geste et du regard, qu’il veillait sur elle.

Alors la pauvre femme reprit courage, et, acceptant le bras que lui offrait avec bonté le commissaire de police, elle disparut dans un couloir sombre, étroit, infect, au sol boueux et défoncé, qu’elle suivit en trébuchant jusqu’à une grande porte vitrée que son guide poussa devant elle, pour l’introduire, d’abord dans une petite pièce où quelques sergents de ville se chauffaient autour d’un grand poêle de faïence, puis ensuite, après avoir traversé cette sorte de corps