Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/350

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miennes pour ne pas manquer au serment qu’elle a fait dans un élan d’exaltation religieuse, elle a caressé pendant si longtemps le projet d’une action qui, selon ses propres idées, est un péché mortel. Sans le hasard qui l’a conduite aujourd’hui à un aveu, elle eût sans doute mis son projet à exécution !

— Eh ! comment expliquer ce qui se passe dans son pauvre cerveau, où tout est regrets, fièvre, désespoir et amour ? Est- ce qu’elle est responsable de ses actes, de ses désirs, de ses hallucinations ! Mais toi, mon ami, toi !

— Moi ! Suis-je donc fait, moi, d’un autre limon ? Est-ce que je ne pense pas aussi, comme elle, au bonheur perdu, aux rêves envolés, aux ambitions déçues, au néant qui s’ouvre pour nous engloutir dans ses insondables abîmes ? Est-ce qu’Éva était seulement pour moi la compagne qu’on enveloppe de tendresse, la maîtresse qu’on adore, la femme charnelle à laquelle on s’unit dans un enlacement où tout s’oublie ? Est-ce qu’elle n’était pas encore ma seconde âme, une autre moi-même, la collaboratrice de mes travaux, la source où se retrempaient mes facultés ! Est-ce qu’elle a le droit de m’abandonner, de déserter ! Tiens, sais-tu où j’en suis arrivé ? C’est atroce et infâme ! Elle souffre cruellement, n’est-ce pas ? plus que jamais créature humaine n’a souffert ? Eh bien ! plutôt que de la perdre, plutôt que de ne plus l’avoir près de moi, avec ses beaux yeux dont la fièvre attise encore les regards troublants, ses lèvres pâlies auxquelles mes baisers rappelleraient le sang