Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/351

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et les désirs, ses joues creusées, ses longs cheveux où la torture sème des fils de la vierge, sa pauvre petite poitrine qui râle, ses mains de cire comme celles d’une morte, eh bien ! plutôt que de ne plus voir tout cela, je voudrais qu’elle souffrît longtemps, toujours, tant que je serai là, mais qu’elle ne mourût pas ! Voilà où j’en suis ! Tu vois que je suis devenu fou et qu’elle avait bien raison de vouloir me tuer. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait !

— Pour ne pas commettre un crime ! Et toi, tu vivras pour ne pas commettre une lâcheté !

Puis Bernel entretint ensuite son ami de l’espoir qu’il ne perdait pas de sauver Mlle de Tiessant ; il ne se sépara de lui que quand il le vit plus calme, et le lendemain il ne quitta les Tilleuls qu’après s’être assuré que la malade était tout à fait remise de sa secousse de la veille.

Quant à Ronçay, il résolut de ne plus aller à Paris que de loin en loin, le moins souvent possible, non seulement parce qu’il se souvenait de ce que lui avait dit Éva : « Lorsque tu n’es pas ici, près de moi, je perds la raison, » mais aussi parce que Jeanne, le matin même, lorsqu’il lui fit part de son intention de ne plus s’absenter que rarement, lui répondit :

— Vous ferez bien, monsieur, car madame souffre mille morts dès que vous n’êtes plus ici ! Vous savez si elle était déjà jalouse en bonne santé ! C’est maintenant pire encore ! À peine êtes-vous parti qu’elle s’inquiète et se lamente. À chaque instant elle me demande où vous pouvez être, chez qui, avec qui !