Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/137

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La traduction d’Aquila fut bientôt connue des chrétiens et les contraria fort. Habitués à tirer leurs textes des Septante, ils voyaient dans cette nouvelle traduction un renversement de leurs méthodes et de toute leur apologétique. Un passage surtout les troublait. Les Églises voulaient à tout prix lire l’annonce prophétique de la naissance virginale de Jésus dans un passage d’Isaïe (vii, 14), qui signifie tout autre chose, mais où le mot παρθένος, employé pour l’hébreu alma et désignant la mère du symbolique Immanouël (Dieu avec nous), avait quelque chose de singulier. Ce petit échafaudage était renversé par Aquila, qui pour alma mettait νεᾶνις[1]. On prétendit que c’était là de sa part une pure méchanceté ; on inventa tout un système de pieuses calomnies, pour expliquer comment, ayant été chrétien, il avait appris l’hébreu et s’était livré à cet immense travail uniquement pour contredire les Septante et pour faire disparaître les passages démonstratifs de la messianité de Jésus[2].

Les juifs, au contraire, charmés de l’apparente

    p. 243, note 2. Une traduction est à sa manière une δευτέρωσις, une mischna.

  1. Justin, Dial., 43, 67 et suiv., 71, 77 et suiv. ; Irénée, Adv. hær., III, xxi, 1.
  2. Épiphane, De mens., 14, 15.