Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/198

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tendu hérésiarque de honteuses histoires fort analogues à celles qu’on se racontait sur les carpocratiens[1]. Beaucoup d’aberrations se produisaient de toutes parts. Il n’y avait pas de paradoxe qui n’eût ses défenseurs. Il se trouvait des gens pour prendre la défense de Caïn, d’Esaü, de Coré, des Sodomites, de Judas lui-même. Jéhovah était le mal, un tyran plein de haine ; il avait été bien de braver ses lois. C’étaient là des espèces de paradoxes littéraires, de même que, il y a trente ou quarante ans, la mode était de présenter les criminels comme des héros, parce qu’on les supposait en révolte contre un ordre social mauvais. Il y eut un Évangile de Judas. On disait pour l’excuse de ce dernier qu’il avait trahi Jésus à bonne intention, parce qu’il avait découvert que son maître voulait ruiner la vérité. On expliquait aussi la conduite du traître par un motif d’intérêt pour l’humanité. Les puissances du monde (c’est-à-dire Satan et ses suppôts) voulaient arrêter l’œuvre du salut en empêchant que Jésus mourût. Judas, qui savait

  1. Irénée, I, 26, 31 ; III, 11 ; Clém. d’Alex., Strom., II, 20 ; III, 4 ; Tertullien, Præscr., 33, 47 ; De bapt., I ; Constit. apost., VI, 8 ; Victorin de Pettau, dans Bibl. Patr., Paris, I, p. 571 ; Eusèbe, H. E., III, 29 ; Épiphane, hær. xxv, xxvi, xxxviii, 2 ; Théodoret, I, 15 ; III, 1 ; Pseudo-Aug., haer. v, viii ; Philastre, 33 ; Pseudo-Ignace interpolé, ad Trall. et ad Philad. ; Cassien, Coll., xviii, 16 ; Prædestinatus, c. 4, 18.