Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/215

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Rabbi Aquiba était depuis des années la première autorité des Juifs. On le comparait à Esdras et même à Moïse. En général, les docteurs étaient peu portés vers les agitateurs populaires. Occupés de leurs discussions, ils plaçaient dans l’observation de la Loi toute la destinée d’Israël ; les rêves messianiques se bornaient pour eux à l’idéal mosaïque réalisé par de scrupuleux dévots. Comment Aquiba put-il engager le peuple dont il avait la confiance à un véritable acte de folie ? Peut-être son origine populaire et sa tendance démocratique à contredire la tradition sadducéenne contribuèrent-elles à l’égarer. Peut-être aussi l’absurdité de son exégèse lui enleva-t-elle toute rectitude pratique. Ce n’est jamais impunément qu’on joue avec le bon sens et qu’on met les ressorts de l’esprit à l’épreuve, au risque de les casser. Le fait, en tout cas, paraît certain. Quoiqu’on ait peine à le concevoir, Aquiba reconnut la messianité de Bar-Coziba. Il lui donna en quelque sorte l’investiture devant le peuple, en lui remettant solennellement le bâton de commandement et en lui tenant l’étrier, quand il monta sur le cheval de guerre pour inaugurer son règne de Messie. Ce nom de Bar-Coziba était malheureux ; il prêtait à des allusions fâcheuses[1].

  1. La racine kzb, dans toutes les langues sémitiques, veut dire « mentir »