Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/22

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supérieur à Trajan, qui, sans être philosophe, avait une doctrine d’État tout à fait arrêtée, et à Antonin et Marc-Aurèle, hommes à principes, qui crurent bien faire en persécutant. Les mauvaises mœurs d’Adrien eurent sous ce rapport un bon effet. C’est le propre de la monarchie que les défauts des souverains servent au bien public encore plus que leurs qualités. La légèreté d’un rieur spirituel, d’un Lucien couronné, prenant le monde comme un jeu frivole, fut plus favorable à la liberté que la gravité sérieuse et la haute moralité d’empereurs accomplis.

Le premier soin d’Adrien fut de liquider la succession difficile que lui laissait Trajan. Adrien était un écrivain militaire distingué, non un capitaine. L’impossibilité de garder les provinces nouvellement conquises, l’Arménie, la Mésopotamie, l’Assyrie, s’était clairement révélée à lui. Il y renonça. C’était sûrement une heure solennelle que celle où, pour la première fois, les aigles reculaient et où l’empire reconnaissait avoir dépassé son programme ; mais c’était de la sagesse. La Perse, comme la Germanie, était pour Rome l’inaccessible. Les grandes expéditions dirigées de ce côté, celles de Crassus, de Trajan, de Julien, échouèrent, tandis que les expéditions d’un dessein plus limité, celles de Lucius Verus, de Septime Sévère, dont le but était non d’attaquer à fond l’em-