Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/397

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dont on accable les chrétiens[1]. Ils ont fait pis : ils ont mutilé la Bible pour en retrancher les passages qui prouvaient la messianité et la divinité de Jésus[2]. Ils repoussent la traduction des Septante, uniquement parce qu’elle contient les preuves de cette même divinité[3]. Dans les controverses, ils jettent les hauts cris sur des arguties, sur de petits détails qu’ils ne comprennent pas, et refusent de voir la force de l’ensemble[4].

L’impartialité nous oblige de dire que, si Justin était dans ses disputes orales tel que nous le voyons dans son livre (et malheureusement ce que nous savons de ses controverses avec Crescent porte à le croire), les juifs avaient tout à fait raison de se plaindre de son inexactitude[5]. On ne fut jamais plus faible interprète de l’Ancien Testament. Non-seulement Justin ne sait pas l’hébreu, mais il n’a aucun sen-

  1. Justin, Dial., 16, 17, 108, 117, 133. Cf. Apol. I, 31, et Tertullien, Ad nationes, I, c. 14 (et credidit vulgus judæo. Quod enim aliud genus seminarium est infamiæ nostræ ?) ; Adv. Marc., III, c. 23 ; Adv. Jud., c. 13. La mort de Polycarpe, arrivée en 155, ne donna que trop raison à cette manière de présenter les choses. Voir ci-après, p. 458 et suiv. Comp. les Actes de saint Pione, dans Acta SS. febr., I, p. 43.
  2. Dial., 72, 73, 74, 75.
  3. Ibid., 71, 84.
  4. Ibid., 115. Comparez le trait de R. Saphra, Talm. de Bab., Aboda zara, 4 a.
  5. Μὴ πρὸς τὸ ἀκριϐές.