Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/454

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dernier témoin de l’âge apostolique[1]. On l’entourait, on cherchait à lui plaire ; une marque d’estime de lui était tenue pour une haute faveur. Sa personne avait un charme extrême. Les chrétiens dociles l’adoraient ; une compagnie de disciples et d’admirateurs se serrait autour de lui, empressée à lui rendre tous les services[2] ; mais il n’était pas populaire dans la ville. Son intolérance, l’orgueil d’orthodoxe qu’il ne dissimulait pas et qu’il communiquait à ses disciples, blessaient profondément les juifs et les païens ; ceux-ci sentaient trop bien que le dédaigneux vieillard les tenait pour des misérables[3].

Polycarpe avait les manies du vieillard, certaines manières d’agir et de parler qui frappaient vivement la jeune assistance. Sa conversation était abondante, et, quand il venait s’asseoir à l’endroit qu’il affectionnait, sans doute sur une des terrasses de la pente du mont Pagus, d’où l’on découvre le golfe étincelant et sa belle ceinture de montagnes, on savait d’avance de quoi il allait parler. « Jean et les autres qui avaient vu le Seigneur », voilà où il en revenait toujours. Il racontait la familiarité qu’il avait eue avec eux, ce qu’il leur avait entendu dire sur Jésus, sur sa prédi-

  1. Διδάσκαλος ἀποστολικός. Mart. Polyc., 16.
  2. Irénée, lettre à Florin. Comp. Mart. Polyc., 13, etc.
  3. Martyr. Polyc., 3, 9, 10, 12, 17, 18.