Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/480

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Légère, étourdie, curieuse de bizarreries, l’Asie tourna ces tragédies en historiettes et eut la caricature du martyre. Vers ce temps, vivait un certain Peregrinus[1], philosophe cynique, de Parium sur l’Hellespont, qui s’appelait lui-même Protée, et dont on vantait la facilité à prendre tous les visages, à courir toutes les aventures. Parmi ces aventures, on mit celle d’évêque et de martyr[2]. Après avoir débuté dans la vie par les crimes les plus affreux, par le parricide, il se fait chrétien, devient prêtre, scribe, prophète, thiasarque, chef de synagogue. Il interprète les livres sacrés, en compose lui-même ; il passe pour un oracle, pour une suprême autorité en fait de règles ecclésiastiques. On l’arrête pour ce délit[3], on l’enchaîne. C’est le commencement de son

    Pione, du marcionite Métrodore et de quelques martyrs de Pergame. Tous ces supplices appartiennent au règne de Dèce. L’origine de son erreur vient certainement de ce que, dans son exemplaire, les actes de ces martyres faisaient suite à ceux du martyre de Polycarpe. Le Papias de Pergame de la Chronique d’Alexandrie (à l’an 163) est probablement Papylus de Pergame.

  1. Aulu-Gelle, VIII, 3 ; XII, 11 ; Athénagore, Leg., 26 ; Tatien, Adv. Gr., 25 ; Tertullien, Ad mart., 4 ; Philostrate, Soph., II, i, 33 ; Eusèbe, Chron., an 5 de Marc-Aurèle ; Ammien Marcellin, XXIX, i, 39.
  2. Lucien, De morte Peregr., § 9 et suiv. Cf. le même, Adv. indoct., 14. Nul doute que cette farce sacrilège prêtée à Peregrinus ne soit une fiction de Lucien.
  3. Ἐπὶ τούτῳ, § 12. On peut supposer que, dans ce qui précède,