Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/481

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apothéose. À partir de cette heure, il est adoré, on remue ciel et terre pour le faire échapper[1] ; on en est aux petits soins avec lui. Le matin, à la porte de la prison, les veuves, les orphelins attendent pour le voir. Les notables obtiennent, à prix d’argent, de passer la nuit dans sa compagnie. C’est un va-et-vient de tables, de festins sacrés ; on célèbre près de lui les mystères, on ne l’appelle que « cet excellent Peregrinus », on le qualifie de nouveau Socrate.

Tout cela se passe en Syrie. Ces esclandres publics sont la joie des chrétiens ; ils n’épargnent rien, en pareil cas, pour rendre la manifestation éclatante. Voilà que, de toutes les villes d’Asie, arrivent des envoyés chargés de se mettre au service du confesseur et de le consoler. L’argent afflue autour de lui. Or il se trouve que le gouverneur de Syrie est un philosophe ; il pénètre le secret de la folie de notre homme, voit qu’il n’a qu’une idée, c’est de mourir pour rendre son nom célèbre, et le renvoie sans châtiment. Partout, dans ses voyages, Peregrinus nage dans l’abondance ; les chrétiens l’entourent et lui font une escorte d’honneur.

    il y a une lacune, où pouvait se trouver le récit d’un méfait plus caractérisé. Bernays, Lucian, p. 107-109.

  1. Comparez Ignace d’Antioche (les Évangiles, p. 489 et suiv.). Lucien paraît avoir vu la collection des lettres ignatiennes.