Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/482

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« Ces imbéciles, ajoute Lucien[1], sont persuadés qu’ils sont absolument immortels, qu’ils vivront éternellement ; ce qui fait qu’ils méprisent la mort et que beaucoup d’entre eux s’y offrent d’eux-mêmes. Leur premier législateur leur a persuadé qu’ils sont tous frères les uns des autres, du moment que, reniant les dieux helléniques, ils adorent le crucifié, leur sophiste, et vivent selon ses lois. Ils n’ont donc que du dédain pour les biens terrestres, et ils les tiennent pour appartenant en commun à tous. Inutile de dire qu’il n’ont pas une raison sérieuse de croire tout cela. Si donc quelque imposteur, quelque homme rusé, capable de tirer parti de la situation, vient à eux, tout de suite, le voilà riche, et il rit au nez de ces nigauds. »

Peregrinus, à bout de ressources, cherche, par une mort théâtrale aux jeux olympiques[2], à satisfaire l’insatiable besoin qu’il a de faire parler de lui. Le suicide pompeux et voulu était, on le sait, le grand reproche que les philosophes sages adressaient aux chrétiens[3].

  1. § 13. Cf. saint Justin, Dial., 46.
  2. Ici Lucien rentrait dans l’histoire.
  3. Voir ci-dessus, p. 311-312.