Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/521

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À peine est-il un des Douze qui n’ait eu son Évangile supposé[1]. On n’inventait plus, il est vrai ; mais on voulait savoir des détails que les quatre inspirés avaient omis. L’enfance du Christ surtout tentait vivement la curiosité. On ne pouvait admettre que celui dont la vie avait été un prodige eût vécu durant des années comme un Nazaréen obscur.

Telle fut l’origine de ce qu’on appelle les « Évangiles apocryphes », longue série de faibles ouvrages dont il convient de placer le commencement vers le milieu du iie siècle. C’est faire injure à la littérature chrétienne que de mettre sur le même pied ces plates compositions et les chefs-d’œuvre de Marc, de Luc, de Matthieu. Les Évangiles apocryphes sont les Pouranas du christianisme ; ils ont pour base les Évangiles canoniques. L’auteur prend ces Évangiles comme un thème dont il ne s’écarte jamais, qu’il cherche seulement à délayer, à compléter par les procédés ordinaires de la légende hébraïque. Déjà Luc était entré dans cette voie. Ses développements sur l’enfance de Jésus et sur la naissance de Jean-Baptiste[2],

  1. Thomas, Matthias, Barthélemi, Barnabé, etc. Fabricius, Cod. apocr. N. T., I, 335-386 ; II, 526-554 ; Credner, Gesch. des neutest. Kanons, p. 241, 244, 256 ; Origène et saint Jérôme, loc. cit. ; décret de Gélase. ch. 6 ; Eusèbe, H. E., III, 25.
  2. Luc, i et ii.