Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/533

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les Évangiles apocryphes prirent bientôt une importance de premier ordre. Ils plurent à la foule, offrirent de riches thèmes à la prédication, élargirent considérablement le cercle du personnel évangélique. Sainte Anne, saint Joachim, la Véronique, Saint Longin viennent de cette source un peu trouble. Les plus belles fêtes chrétiennes, l’Assomption, la Présentation de la Vierge, n’ont aucun appui dans les Évangiles canoniques ; ils en ont dans les apocryphes. La riche ciselure de légendes qui a fait de Noël le joyau de l’année chrétienne est taillée pour une très grande partie dans les apocryphes. La même littérature a créé l’Enfant Jésus. La dévotion à la Vierge y trouve presque tous ses arguments. L’importance de saint Joseph en provient tout entière. L’art chrétien, enfin, doit à ces compositions, très-faibles au point de vue littéraire, mais singulièrement naïves et plastiques, quelques-uns de ses plus beaux sujets. L’iconographie chrétienne, soit byzantine, soit latine, y a toutes ses racines[1]. L’école pérugine n’aurait eu aucun Sposalizio ; l’école vénitienne, aucune Assomption, aucune Présentation ; l’école byzantine, aucune Descente de Jésus dans les limbes, sans les apocry-

  1. Voir, par exemple, Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, II, n° 542 A ; Bayet, Peint. et sculpt. chrét., p. 115.